J’ignore quand, comment, pourquoi la peinture est entrée dans ma vie. Ce dont je me souviens est qu’enfant ce métier me semblait réservé à une élite. C’est pourtant arrivé : je peins ! Spectatrice de ma création et de ma vie : quel est le sens de ma démarche ?
Mon histoire n’est ni douce, ni harmonieuse comme les histoires inventées. Elle a un goût de folie, de confusion et de rêve.
Je remonte à ces moments, à ces instants… voilà qui je n’ai pas été, voilà qui je n’avais pas osé être et ce que je suis aujourd’hui.
A l’adolescence, je demeurais des journées entières, seule dans l’appartement familial.  Coupée de tout, emprisonnée dans la solitude et le silence, la mélancolie me consumait. Alors, plus aucun son ne sortit de ma bouche durant un long, très long, temps.
Mes bouches béantes seraient-elles un appel ?
Pourquoi la peinture s’est-elle imposée à moi comme une évidence ?Parce que cela devait être, inéluctablement, ce mode d’expression qui me permettrait de clamer mes inquiétudes et mon indignation face au drame de la condition humaine : celui de l’homme traversé par la souffrance. Comment mes personnages peuvent-ils raconter le miracle de l’humanité si leurs cris sont étouffés ? Parce que, porteurs d’un message d’espérance, ils ne sortent du silence que par leur présence ; tel des masques de la tragédie antique projetant la présence d’êtres atemporels qui irradient leur drame – ou leur jubilation – mais certainement et avant tout leur énergie.
Que me disent-ils ?
« Il est temps de prendre la parole ».