Sans titreLes Boites De Marion Oster Dite Lucrece

De loin comme des fleurs fraîches…De plus loin des autels portatifs…
Un air américain du sud, des couleurs qui crient de douleurs cruelles
ensevelies sous les amulettes…Ces boites sont des églises dans
lesquelles on pénètre si doucement qu’on entend ses pas sur les
dalles… On s’avance dans une forêt de voeux et d’ aveux curieusement
incarnés par des objets du culte…La main de celle qui fait ne se montre
jamais :on connaît ses choix, ses combinaisons, ses accumulations mais
on ignore si elle existe. Elle ne voudrait pas briser le charme qui relie
toutes ces reliques… Elle s’oublie dans son travail qui la mène hors du
temps, hors de ce sol, là où règne l’Amour absolu. Offrandes, dons
minuscules, la pacotille pimpante qui permet de payer le voyage.Là où
il est possibles d’espérer.Là où il est possible de demander pardon, une
rémission, une trêve…La main invisible avoue qu’ elle fait du beau pour
qu’on la voie…elle se voue toute à sa propre absence…Etre ou ne pas
être…Dire et se taire…Souffrir et s’abandonner…Séduire et attendre…
Avoir été la proie,et châtier le chasseur…Cela en pensée muette afin
d’être mieux comprise…Rien imposer, la victime organise sa conscience
mutilée…aucun dû…De là-haut une flèche viendra,un signe…une
caresse ou un acte qui pique…Tant de petites choses avancées n’ont
pas la vocation d’appeler une vengeance…une réponse aux blessures…
les questions difficiles seront résolues, la loi du talion sera exclue…
Que de soins, que de minuties, que de délicatesses!…alors qu’il y a
sans doute des malheurs énormes qui ont sévi! Le fracas ne console
pas, la peine pleure doucement…Dans ces boites – dans ces églises- on
crée les conditions d’un miracle salvateur. On imagine une fin heureuse
à des catastrophes intimes. On se prépare à un nouveau, sous d’autres
soleils…

Alain ARNEODO