Je coupe, j’assemble, je fixe… Les tissus subissent mille coups d’aiguilles et se raidissent. Mes broderies cimentent le tout, cuirassent les fibres. Je brode pour finir, pour encercler, pour figer, pour geler l’apparition. Je brode pour ajouter, charger, orner jusqu’au trop-plein, l’invisible, le brouillage. Puis,  les créatures surgissent, sans réflexion, sans préméditation. Elles étaient là, tapies, elles attendaient, elles veillaient comme les eaux dormantes. Chaque bout d’étoffe devient l’hôte de ces figures.  Les personnages s’enchevêtrent, s’encastrent, s’autodéterminent, s’affirment.

L’un avec l’autre, l’un sur l’autre, l’un au sein de l’autre.
Les perles et les ors brillent, mais cela semble provenir d’une histoire ancienne. Un avant…Je n’y étais pas. Je ne sais plus.

Des scenarii se trament. Obscurs, hermétiques et muets. Les têtes pendent, les chevelures ruissellent, les yeux observent et attendent. Des sentinelles perplexes, gardiens sans missions, entourent la forteresse aveugle et vide.