La mer, affamée de falaise, lèche l’immense plage qui fait suite à cette ultime bravade de terre, cette poitrine dérisoire de calcaire lardée de silex, sur laquelle, plantant ses racines de béton, est la maison de CAROLINE DAHYOT.
Lovecraft aurait pu être inspiré par cette courbe sans fin qui suit l’affaissement des collines cauchoises, là où la Normandie meurt au pied de la Picardie. Il nous aurait parlé de la respiration de cette eau, de sa dangereuse caresse, de ses vagues incessantes guettant le moment.
CAROLINE DAHYOT parle d’amour et couche sans repos, vague après vague sur le kraft encollé d’images et nourrit de teintes où vivent ses personnages, ses histoires de tendres rencontres, de citadelles tombées en douce pâmoison, de cœurs palpitants et d’animaux de conte de fée.
CAROLINE DAHYOT, qui a la voix douce et l’écoute attentive et craintive, est une militante implacable: ses vignettes portent son discours et font penser aux images reçues en échange de « bon-points » dans une école de blouses et de tableau noir et rappellent celles qui imageaient nos provinces et le bonheur d’y vivre. Les vignettes de Caroline parlent de « l’aimable vivant » qu’il soit plante, animal ou humain et même air et eau et sont comme un écho au roman de Christiane Rochefort « Encore heureux qu’on va vers l’été ».

Texte Pierre Gentès lors de l’exposition à la Galerie Le 75